Rock'n Livres, forum Musique, Arts et Littérature, est né de nos passions,

afin de partager nos coups de coeur, émotions et critiques de livres, CD, films, peintures et découvrir d'autres horizons.
 
AccueilPortailRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Sam Shepard

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
El Viajero

avatar

Messages : 136
Date d'inscription : 18/09/2009

MessageSujet: Sam Shepard   30/9/2009, 16:15



Ses canaris
tombaient comme des mouches
chaque matin
il y en avait un
raide
au fond de la cage

Le vétérinaire lui dit
que c'était dû à une bactérie
dans leur eau
mais lui il savait
que c'était dû
à la façon dont il vivait.


(1981, Homestead Valley, California)

Dans le film Easy Rider, on peut entendre la chanson “Bird Song”, par le groupe The Holy Modal Rounders. A la batterie, il y a un certain Sam Shepard, jeune homme ambitieux qui, même s’il est bon musicien et pote avec Bob Dylan et Patti Smith, ne compte pas se limiter au Rock pour exprimer ce qu’il a à dire au monde, et dans une interview au Village Voice, il déclare vouloir devenir “le meilleur auteur dramatique depuis Tenessee Williams”. Peut-être n’est-il pas complètement arrivé au bout de ses ambitions, en tout cas il a écrit une bonne quarantaine de pièces de théâtre qui furent jouées dans le monde entier, et dont l’une d’elles a obtenu le Prix Pulitzer en 1979: “Buried Child” ("l’enfant enfoui”, un huis-clos ténébreux dans une famille de cultivateurs de maïs, où l’on découvre petit à petit un secret de famille assez atroce: un enfant non désiré a été tué à sa naissance et enterré dans un champ derrière la maison). Une autre de ses pièces, “Fool For Love” a été adaptée au cinéma par Robert Altman.

Le cinéma, Sam Shepard s’y coltine depuis un bon moment, et c’est alors sur plus de 40 films qu’il est crédité en tant qu’acteur, de “Renaldo and Clara” de Bob Dylan à “La chute du Faucon Noir” de Ridley Scott, en passant par “Les moissons du ciel” de Terence Malik, “L’étoffe des héros” de Philip Kaufman, ou “The Voyager” de Volker Schlöndorff. Si la plupart du temps il excelle dans les rôles dramatiques grâce à son visage anguleux, ses rides profondes et à son regard d’aigle blessé (notamment dans “Et la neige tombait sur les cèdres”, “De si jolis chevaux” ou bien “Safe Passage” où il joue, aux côtés de Susan Sarandon, un père de famille affecté par une cécité chronique et dont le fils soldat est porté disparu au Moyen-Orient, son meilleur rôle à mon avis), il ne se prive pourtant pas pour jouer des seconds rôles dans des comédies de seconde zone comme “Bandidas” (avec Penelope Cruz et Salma Hayek) où il a l’air de vraiment s’éclater autant que Robert de Niro dans Brazil. De même, coiffé d’un chapeau de cow-boy, il excelle dans “Don’t come knocking” de Wim Wenders, dont il a écrit le scénario.

Car l’écriture, oui, c’est quand même son truc, le truc tripal qu’il ne peut pas lâcher, qui le maintient en vie depuis tant d’années. Son premier recueil de nouvelles (publié en France sous le titre “Lune Faucon”) date de 1973, et contient autant de poèmes “sans queue ni tête” que de nouvelles dépourvues de ponctuation mais qui évoquent un kaleidoscope de feelings sur un rythme effréné. On y sent aussi bien l’énergie brute issue du Rock’n’Roll que la capture d’instantanés, fragments du quotidiens qu’il sait voir et décrire avec un minimum de mots. Un autre recueil, paru presque une dizaine d’années plus tard (“Motel Chronicles” chez Bourgois) prend l’aspect d’un carnet de croquis, un cahier de route, un journal de bord, en tout cas une succession de petites histoires très spontanées mais tellement vraies, tellement bien saisies sur l’instant, comme des photos prises en vitesse tout au long de la route 66. C’est un livre que j’ai souvent transporté dans mes bagages, les pages sont jaunies et cornées, il y a un insecte écrasé entre la page 8 et 9. Et c’est aussi un livre qui donne envie d’écrire.



Quand on traverse les Etats-Unis d’Est en Ouest et qu’on arrive dans des coins comme le Nouveau mexique, l’Arizona, Le Nevada, L’Utah et le début de la Californie, on se rend compte assez vite qu’il y a énormément de vide entre les villes. C’est ce vide qui semble intéresser Sam Shepard, ces No-man’s lands où subsistent ça et là quelques motels délabrés, des stations-service désaffectées, des caravanes silencieuses, des mobile-homes gardés par des chiens pelés, des restes de civilisation à peine perceptibles. Cette architecture du vide a fasciné Wim Wenders avec la même intensité, aussi on ne sera pas surpris de sa collaboration avec Sam Shepard qui donnera à “Paris Texas” une palme d’or au festival de Cannes. Autant à travers le regard du cinéaste que celui de l’écrivain-acteur, on découvre une Amérique inconnue, underground, qui ne figure ni sur les cartes routières ni dans les dépliants touristiques. Des indiens alcooliques y survivent pourtant, de même que des tas de marginaux, des familles entières planquées entre les cactus et les panneaux publicitaires à la gloire de Coca Cola et Mac Donalds.

Quelque décénies plus tard, d’autres nouvelles voient le jour, publiées en France dans deux recueils: “Balades au paradis” et “A mi-chemin”, ressorti en poche chez 10-18. Ces nouvelles courtes et belles apparaissent toujours ébauchées à la sanguine et dans les même tonalités sépia, mais avec un style plus concis, comme si les esquisses de “Motel Chronicles” avaient engendré des petits tableaux bien plus élaborés où les mots sont choisis avec parcimonie. Des souvenirs d’enfance voisinent avec des scènes vécues en voyage ici ou là, des histoires de chevaux et de fermiers, de petits drames familiaux ou de querelles de couples assez proches des écrits de Raymond Carver. Et toujours cette manière très directe de commencer le récit par une phrase qu’il faut relire deux fois avant de poursuivre: “Elle est la dernière fille de la femme dont les cendres reposent dans l’urne en céramique posée sur le siège passager à côté d’elle...” Sam Shepard est plus qu’un simple raconteur d’histoires, c’est une sorte de bon vieux “cousin d’Amérique” qu’on est content de connaître, car il détient les clés d’une sorte de “museum of true America”, renfermant les vestiges fossiles d’un continent dont n’émanent à présent plus que des sonorités rap, des violences urbaines, des faits divers People ou une crise financière...


Revenir en haut Aller en bas
Le Mouton Sauvage
Rockeur en méditation
avatar

Messages : 2206
Date d'inscription : 24/07/2009
Age : 44
Localisation : On The Highway To Hell

MessageSujet: Re: Sam Shepard   15/6/2010, 14:23

Après cette longue présentation d’El Viajero, je me demande ce qu’il pourrait bien me rester à dire.

« Au-dessus des ailes de poulet fumantes, il y a un petit carton avec une phrase écrite à la main dessus : LA VIE, C’EST-CE QUI VOUS ARRIVE PENDANT QUE VOUS REVIEZ DE FAIRE AUTRE CHOSE. L’écriteau tout taché se balance lentement dans la lumière orange des rampes chauffantes. Une musique de fond apocalyptique geint dans les haut-parleurs bien cachés. Un petit gars tout anémique est embusqué derrière le comptoir, sa casquette enfoncée sur le crâne et deux grandes oreilles rosées pointant sur les côtés, chacune autant chargée d’anneaux qu’une tringle à rideaux. On dirait qu’ils ont été fixés dans la chair avec l’un de ces poinçons dont on se sert pour marquer le bétail… »

Si je devais définir « A mi-chemin », j’évoquerais simplement cette douce odeur qui émane des restaurants et motels de l’Amérique profonde distillée par ces courtes nouvelles de 2 à 20 pages. D’ailleurs, l’illustration de la couverture 10/18 (photographie de Dominique Duplaa) me fait déjà saliver d’un Special Banana Milkshake : Je suis déjà en Amérique !

Là-bas, loin du chaos urbain, se posent des tranches de vie, simples et modestes. Il y sera beaucoup question de fermiers, de courses hippiques, de bétail et de battements de cœurs. Solitude et amours perdus qui tentent de se frayer un chemin dans les méandres de la route poussiéreuse qui traverse l’Amérique de part en part. Arkansas, Minnesota, Kentucky et même Illinois, là où « il fait plus froid que dans le cul d’un esquimau », de courts périples pour âme solitaire à la recherche du bonheur, à l’évocation de souvenirs, ou à la quête d’identité…

« LA VIE, C’EST-CE QUI VOUS ARRIVE PENDANT QUE VOUS REVIEZ DE FAIRE AUTRE CHOSE. »
Revenir en haut Aller en bas
http://leranchsansnom.free.fr/
Le Mouton Sauvage
Rockeur en méditation
avatar

Messages : 2206
Date d'inscription : 24/07/2009
Age : 44
Localisation : On The Highway To Hell

MessageSujet: Re: Sam Shepard   17/6/2010, 13:23

« J’aimais ces larges avenues du Midwest ombragées par les érables, où la limitation de vitesse à 45 était respectée avec le même zèle que si elle avait été inscrite dans le crédo luthérien, et où l’on vous klaxonnait avec indignation – mais sans faire un doigt, ou très rarement – si vous aviez l’audace de doubler quelqu’un. Les piétons du Minnesota vous dévisageaient en silence pendant que vous passiez lentement devant eux, ils étudiaient chacun de vos traits avec une attention presque douloureuse, comme s’ils cherchaient désespérément quelque chose, quelque réponse dans les yeux d’un parfait inconnu. De quoi pouvaient-ils être en quête, franchement ? Je ne connais pas d’autres endroits dans le pays où les gens vous regardent dans votre voiture avec une telle stupéfaction muette. Peut-être que cela vient d’avoir survécu à trop d’hivers interminables et à trop de soupe de morue dans les déjeuners de charité à l’église. »

« A mi-chemin » s’achève, et les souvenirs restent. Celles d’une Amérique dite profonde où on prend le temps à la contemplation, où on respire le soleil, la poussière et le froid intense de ses paysages. Des petits drames familiaux qui se partagent la une avec des souvenirs de jeunesse. Le drame, le bonheur, les souvenirs et la contemplation : voilà les sentiments qui composent « A mi-chemin ». Le voyage est parfois court, mais jamais dénué d’intérêt car chaque jour, j’en découvre un peu plus sur ce Middle-west ; ce n’est pas tout à fait le Montana, mais on s’y rapproche – la pèche à la mouche est remplacé par la course hippique –, sinon les gens (pas que des bouseux) sont les mêmes, humains et attachants.

Et que faire de ces souvenirs ?
S’en fabriquer d’autres, avec pourquoi pas ceux d’un Raymond Carver dont les écrits s’en rapprocheraient...
Revenir en haut Aller en bas
http://leranchsansnom.free.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Sam Shepard   

Revenir en haut Aller en bas
 
Sam Shepard
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Riley Shepard died on Friday, November 6, 2009
» Photoshop - Effet à la Shepard Fairey (Obey) [CS6]
» Ferlin HUSKY
» Pasty Andersen presents 'The King's Favorite'
» LED ZEPPELIN

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Rock'n Livres :: Ivre de livres :: La Bibliothèque :: US - Canada-
Sauter vers: