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 Takeshi Kaïkô

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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Takeshi Kaïkô   14/8/2009, 05:55

L'opéra des Gueux.

Il s'était relevé et, posant sur le sol des pieds tremblants, s'était engagé dans le Nouveau Monde.
La marée montante du soir ramenait ce jour-là l'éternelle file des éternels compères revenant s'assembler sur cette verrue purulente. " ... plein de bruit et de fureur... " : ces mots de Shakespeare, je crois, on aimerait les répéter à Fusukusé. Nouveau Monde, ruelle Janjan : deux endroits comme accaparés jour et nuit, sans trêve, par les seuls tumultes, coups de gueule et ripailles, rien de moins qu'une serre chaude où à chaque pas se côtoient la chère et le sexe.


Un no man's land d'une centaine d'hectares s'étend au cœur de la ville. Des milliers d'épaves humaines s'y rassemblent pour survivre dans cette zone infestée d'immondices, de déchets et de mort... Un combat héroïque s'engage entre les forces de la police et ces "mi-clochards, mi-truands", Fusukusé étant l'un deux, celui qui va nous faire découvrir cet univers morbide et sordide. Le but : récupérer le fer, le zinc, le cuivre, tous les métaux laissés à l'abandon dans les usines désaffectées et à la merci de tous les clans organisés pour leur survie dans le Nouveau Monde.

Putains, maquereaux, vendeurs de livres cochons, étudiants prolongés, collégiens à l'âge des curiosités... Drogués aux yeux exorbités par le manque ; joueurs décavés sur le chemin du retour ; pickpockets aux aguets ; ouvriers à la tête pleine d'un puzzle éclaté de visions lubriques ; manœuvres en train de se gaver de tripes crues douteuses. Une effervescence générale s'était emparée de cet essaim grouillant de larves repues de sang et de sperme, où s'échangeaient sourires moqueurs, chuchotements et coups d'œil brillants de colère.
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MessageSujet: Re: Takeshi Kaïkô   14/8/2009, 06:16

On aurait pu se croire sur les traces d'un épisode de Mad Max après l'Apocalypse,
au lendemain de la troisième guerre nucléaire,
ou en 2046 dans un futur imaginé...

Fukusuké s'engagea tête baissée le long des étals d'un côté du passage où s'agglutinaient grillades, sushi, riz au curry, ragoûts, oden, anguilles, soupe au soja, poisson cru..., enchevêtrés dans un salmigondis de pustules qui l'assaillirent toutes ensembles de leurs odeurs lourdes. Des frissons l'agitèrent malgré lui...

Pourtant, on est en plein cœur d'Osaka en 1946. Le chaos est la conséquence des bombardements alliés. Ça put la friture épaisse des tempura, les ramens ont l'air caoutchouteux, le miso apparait sous une consistance plus que douteuse. Bon Appétit ! Je sens que je vais me régaler a prochaine fois que j'irais dans un resto japonais... pale
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MessageSujet: Re: Takeshi Kaïkô   20/8/2009, 05:52

Ce qui paralysait les Apaches, c'était la Hirano, cet innommable cloaque. Le canal, un affluent de la Néyagawa, conduisait dans la baie d'Ôsaka, et si la marée, au gré de ses fluctuations, imprimait quelque mouvement à proximité de la surface, en profondeur stagnait en fait un insondable entassement putréfié. Dans ce déversoir venaient s'engloutir les objets les plus divers, huiles de machines, urines, boites de conserve, tout un monde amorphe, déliquescent, effrité, en fin de putréfaction, un fouillis d'éléments imbriqués les uns dans les autres. Les pavés des berges étaient recouverts d'une eau qui n'avait plus apparence d'eau, mais plutôt de quelque indéfinissable soupe épaisse et gluante, d'acide délétère. Jusqu'à quelles profondeurs la corrosion a-t-elle pénétré ces pierres ? se demandait-on lorsque l'on se tenait sur un des bords.

Né à Osaka, Takeshi Kaïkô, comme chacun, comme tout le monde, se doit de survivre, pendant cette période d'apprentissage qu'est l'adolescence, au milieu des décombres, des déchets, de la mort que représente cet après-guerre. Il en sort en 1959, de son imagination, L'opéra des Gueux, son premier grand roman.

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MessageSujet: Re: Takeshi Kaïkô   13/9/2009, 07:50

Les coïncidences d'une lecture...
A peine achevée ma seconde lecture de "L'opéra des Gueux", je tombe sur un article du monde traitant de ce vieux roman de Takeshi Kaïkô : Dans le Japon de la défaite aux villes en ruine.

Dans le Japon de la défaite, aux villes en ruine, chacun arrache sa vie à la volée. Tout en bas s'ouvre un monde rude, sans merci, dans lequel nous entraîne, à la suite de Fukusuké, l'un des écrivains les plus originaux de sa génération : Takeshi Kaiko (1930-1989) - plus connu sous le prénom de Ken. Romancier couronné de prix littéraires, essayiste, critique, il a l'acuité du regard du journaliste.

Après avoir suivi la guerre du Vietnam, il avait été l'un des cofondateurs de Beheiren (Fédération des organisations pour la paix au Vietnam), qui allait mobiliser des centaines de milliers de personnes. Avec une faconde ironique, pied de nez moqueur à la société "admise", Kaiko manifestait une évidente sympathie pour les sans-voix, les routards de la vie, les êtres en rupture de société, ceux qui sont au "bas de l'échelle". Une sympathie dont témoigne L'Opéra des gueux, son premier grand roman, publié en 1959, deux ans après qu'il eut reçu le prix Akutagawa (souvent comparé au Goncourt pour sa notoriété).

Les années 1945-1950 sont les plus noires du Japon moderne. S'il est une "grande crise" qui marqua les mémoires, c'est bien celle de cette période. Non pas tant par l'humiliation de la défaite que par la dureté des conditions de vie. Ces années nourrirent toute une littérature.

Celle de "décadents" comme Osamu Dazai (1909-1948), figure du désarroi d'intellectuels lancés dans une autodestruction éperdue, mais aussi d'autres qui trouvent une source d'inspiration dans une société en ruine où s'agitait une humanité d'êtres déguenillés : "Toutes dents jaunies dehors, les yeux brillants de convoitise, ces visages rassemblés autour d'une marmite de zosui (brouet de riz et de légumes) ressemblant à une eau douteuse avaient quelque chose de démoniaque", écrit, en 1946, Mitsuharu Kaneko (1895-1975), poète libertaire, représentatif d'une bohème japonaise (Histoire spirituelle du désespoir, éditions Rue d'Ulm, 2009). Le grand Jun Ishikawa (1899-1987) décrit dans une superbe nouvelle, Jésus dans les décombres (Anthologie de Nouvelles japonaises contemporaines, Gallimard, 1986), l'effervescence du marché noir à Tokyo, voyant en un jeune vagabond, enfant du désastre, puant et couvert de pustules, une figure de Jésus au Golgotha.


La ruelle Janjan, c'est un vaste cloaque de masures "d'où s'échappaient des vagissements de bébés, des chuchotis de vieillards, des cris de femmes, des rires mâles, décharges de vitalité débridée".
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