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 Sôseki

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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Sôseki   20/8/2010, 04:36

Dans « Oreiller d’herbes », Sôseki met en scène un peintre qui décide de se retirer dans la montagne pour faire le point sur son art, sur la poésie et sur l’acte de création en générale. Moi qui suis à des lieues de la « création » qui n’a jamais touché un pinceau ou écrit un vers (mais qui se contente juste de gribouiller quelques notes avec un verre à la main), je me suis demandé si ce livre pouvait me convenir. Ne vais-je pas me sentir perdu au milieu de ces pensées créatrices ? Ce monde artistique me parait si flou que ce roman me semble trop singulier pour mon état d’esprit…

Mais, c’était sans compter sur la qualité d’écriture de Sôseki. Car ce roman, je l’ai trouvé passionnant et cet artiste, en quête d’impassibilité, a un regard sur son métier qui mérite toute mon attention. La plume de Sôseki est très poétique et pour ce peintre, toute pensée, toute vision est sujette à devenir un tableau ou un haïku. Le texte sait se faire très descriptif pour nous parler des couleurs ou des odeurs d’une scène au beau milieu de la campagne. L’œil du peintre, de ce fait se substitue à notre regard, et nous aussi nous sommes donc prêts à imaginer ce tableau, à sortir notre palette de couleur pour immortaliser la scène sur toile.

« En général, la poésie ou la peinture, c’est une voie qui est ouverte à tous. Les artistes comptent sur leurs doigts les printemps et les automnes, souffrant d’avoir la tête chenue, mais lorsqu’ils se remémorent leur vie, en examinant minutieusement le frémissement des vagues soulevées par leur traversée du temps, ils pourront – comme une lueur frôle des cadavres puants – s’oublier eux-mêmes et s’en féliciter. Sinon, ce sont des hommes qui n’ont pas de raison de vivre.
Je ne dis pas que ce à quoi aspire un poète et de ne faire plus qu’un avec une chose ou de se transformer en objet. Les poètes peuvent se métamorphoser tantôt en pétale, tantôt en papillon, tantôt, tel Wordsworth, en jonquille, en dispersant leur cœur au vent, mais ils peuvent aussi abandonner leur cœur au paysage environnant, sans avoir la nette conscience de ce qui le ravit. Certains prétendent toucher à l’éther des mondes supra et sublunaires, d’autres croient entendre dans le réceptacle de l’âme les cithares sans cordes, d’autres encore diront qu’ils ont avancé à tâtons dans un monde indéfinissable et infini, ou qu’ils ont erré dans un lieu flou et sans limites. Chacun est libre d’affirmer ce qu’il veut. »


Après ce roman, on ne voit plus les paysages de la même façon. Chaque nouvel horizon devient propice à découvrir un nouveau tableau, à imaginer un nouvel haïku (tant soit peu que mon imagination me le permette). Les couleurs apparaissent différentes et les détails de chaque scène de la vie quotidienne s’ouvre sous de nouvelles vues jusqu’ici inexplorées. Je m’avance un peu, mais ce « Oreiller d’herbes » semblerait parfaitement convenir à des personnes intéressées par le Japon, appréciant les haïkus et pratiquant la peinture. J’en connais peu, mais ce genre d’artistes ça existe !

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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Re: Sôseki   22/8/2010, 03:33

Un passage de « Oreiller d’herbes » que j’ai bien aimé :

« Mon crayon, qui était sans vie, s’est mis à bouger graduellement et, profitant de ce mouvement, j’ai réussi, au bout de vingt ou trente minutes, à composer ces six vers :

Au milieu du printemps
Ma mélancolie se mesure à croissance des herbes parfumées
Les fleurs tombent silencieusement dans mon jardin vide
La cithare nue est posée sur le sol de la pièce déserte
L’araignée est suspendue immobile à son fil
La fumée forme des volutes comme un paraphe au-dessus de l’auvent de bambou

En les relisant, je m’aperçois que chacun de ces vers pourrait être un tableau. J’en ai conclu que j’aurais dû, dès le départ, faire un tableau. Je me demande pourquoi il m’a été plus facile de composer un poème que de peindre un tableau. Arrivé à ce point, j’aurais moins de mal à exprimer le reste. Mais cette fois-ci, j’aimerais mettre en vers des sentiments ne pouvant donner lieu à un tableau. Torturé par milles hésitations, j’écris enfin :

Assis seul en silence
J’aperçois une lueur au fond de mon cœur
Il se passe trop de choses chez les hommes
Comment pourrais-je oublier ce monde intérieur ?
J’ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J’ai compris cent ans d’agitation
Où pourrai-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs

Je relis le poème du début à la fin avec intérêt, mais je suis insatisfait, si je pense que c’est là la traduction de mon état mental à mon arrivée. Je me suis dit : pendant que j’y suis, je vais faire un autre poème. J’ai gardé mon crayon à la main et j’ai regardé inconsciemment vers la porte. Une ravissante silhouette se découpe en passant dans l’espace d’un mètre laissé visible par la porte coulissante. Tiens… »


En lisant ces lignes, j’ai le sentiment d’être mis à la place du poète ou du peintre dans cette chambre. L’instant de quelques secondes, je me surprends même à jeter un coup d’œil furtif, au cas où je serais dans cette même pièce… mais point de porte coulissante, ni même de ravissante créature traversant mon horizon.
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Utopie
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MessageSujet: Re: Sôseki   22/8/2010, 07:53

Le Mouton Sauvage a écrit:
Un passage de « Oreiller d’herbes » que j’ai bien aimé :
J'ai ce titre dans une pile, il remonte sur le dessus à vue d'oeil, je l'ai depuis un moment, j'en avais lu de bonnes critiques, la tienne depuis quelques jours ravive l'envie de lire ce bouquin. De Sosêki, j'avais lu La porte que j'avais apprécié, si je retrouve je mettrais un mot, j'ai dû en lire d'autres qui ne me reviennent pas pour le moment.

D'ailleurs, j'ai d'autres titres en attente de Sosêki...
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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Re: Sôseki   23/8/2010, 01:27

Utopie a écrit:
De Sosêki, j'avais lu La porte que j'avais apprécié, si je retrouve je mettrais un mot...

Je veux bien que tu nous en mettes deux mots parce que je ne le connais pas...

Utopie a écrit:
D'ailleurs, j'ai d'autres titres en attente de Sosêki...

Il ne m'en reste plus qu'un en attente, mais j'avoue que cet Oreiller d'herbes m'a passionné, alors que je pensais que ce bouquin ne m'était pas spécialement destiné...


Dernière édition par Le Mouton Sauvage le 6/9/2010, 02:56, édité 1 fois (Raison : Faute orthographe grossière. Hont-e à moi !)
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Utopie
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MessageSujet: Re: Sôseki   6/9/2010, 01:54

Un petit moment déjà que j'ai lu La porte de Soseki, paru en poche chez Picquier dont voici l'avis sur ce titre :

On croit d'abord plonger avec délices dans l'intimité d'un couple sans histoires, assez bien résigné à sa paisible médiocrité et peu à peu, dans le cours de ces vies ordinaires, avec leurs méprises quotidiennes, leurs mouvements secrets et leurs élans de faible amplitude, Sôseki dessine un admirable portrait de couple.

Mais les personnages de Sôseki ne passent guère les portes auxquelles ils peuvent timidement heurter : ils rêvent d'affirmer un individualisme qu'ils n'ont pas la force d'assumer et, pétris de remords, incapables de parler à ceux qu'ils aiment, ils s'abandonnent à une triste résignation que l'auteur sait mieux que quiconque dépeindre avec une profondeur et une sincérité magistrales.



En immersion dans la vie d'un couple où il ne se passe rien apparemment, où le peu d'action est répétitive, la communication est au minimum,les sentiments à peine effleurés et pourtant d'une grande force.
Au départ, ça n'a pas été évident, un livre assez lent mais c'était sans compter sur l'écriture de Soseki, il sait très bien décrire les sentiments humains, étudier leurs doutes et l'étude de leurs comportements et ça me plait beaucoup.

Dans ce couple, il ne se passe pas grand chose, un quotidien très plat, mais en même temps les petites choses simples du quotidien sont bien décrites et dans une sorte de torpeur de cette vie monotone, on ressent des sentiments très forts, les deux personnages communiquent, économie de mots, de gestes, impossibilité de sortir de cette coquille qui les enferme mais les protège aussi.
J'avais bien aimé et l'histoire du couple m'était devenue attachante.
J'avais lu une critique qui parlait justement du travail de Soseki, toujours dans une recherche personnelle, il se projette dans ses personnages et cela donne des livres très introspectifs qui ne plairont pas à tous, mais pour ma part, j'aime beaucoup l'analyse des sentiments humains.
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