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 Abé Kôbô

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Utopie
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MessageSujet: Abé Kôbô   29/8/2009, 19:56


La femme des sables d'Abé Kôbô




Un maître d'école, collectionneur d'insectes, profite d'un congé pour partir à la recherche d'un insecte inconnu. Le nom de l'insecte découvert et son nom indissociables pour de nombreuses années dans les livres, voilà son rêve.
Pour cela il part dans le désert et se retrouve dans un hameau, un village de pêcheurs dont les maisons sont étrangement situées dans des fosses creusées dans le sable.

Il sera hébergé par une jeune veuve dans une de ces maisons.
Ce n'est pas dans ces plans mais pour une nuit, cela lui permettrait d'étudier dans quel milieu évolue l'insecte qu'il découvrira très certainement.

Avec la nuit, une activité surprenante se met en place, il sera d'abord observateur, puis participera par politesse et décidera enfin d'aller se reposer.

Au réveil, bon nombre de surprises l'attendent dont il ne perçoit pas toutes les conséquences.



Editeur Stock :
Roman insolite d'une extraordinaire richesse, dur et angoissant, qui, sous l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste, retrouve la dimension des mythes éternels.

Il ne s'agit de rien d'autre que de la condition humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions et ses espoirs.
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Utopie
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   29/8/2009, 20:04

suite ... La femme des sables

L'homme se trouve dans une situation peu ordinaire et est contraint de travailler, pendant celui-ci, il s'interroge sur le fait de travailler :

"... du travail qu'il fait de ses mains, vient à l'homme comme un appui, un secours dans sa lutte contre la fuite du temps : cette fuite qui, privée de tout sens et de toute fin, pèse insupportablement sur celui qui refuse l'action ..."

Il se souvient aussi d'une conférence sur le sujet, avant dans son autre vie :

Le conférencier :

Aller, disait-il , aller au-delà du travail que l'homme fait de ses mains, oui, bien sur. Mais pour accomplir ce chemin-là, il n'est pas d'autre voie que le travail lui-même. Non, certes, que ce travail ait en soi une valeur quelconque ; mais ce n'est que par le travail qu'il est possible de dépasser, de surmonter le travail. Et je veux dire, en somme, que donner à l'homme l'énergie nécessaire, pour atteindre au renoncement de soi, c'est cela, la vraie vertu du travail ! ...
"

Sur ce, il arrête son travail forcé et fait une pause.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire qui met en scène un personnage dans une situation inattendue comme un parallèle à nos vies dans ce qu'elle a de plus banal.

et une autre qui me fait penser à la vie qui n'est qu'un aller simple :

"J'ai le cafard pour un billet,
"Un aller sans Retour, wouh, wouh ...

Oui, ce sont bien celles-là, les tristes paroles du Blues de l'Aller Simple.
Chantez ça si ça vous chante. Mais, en vrai, regardez-les, les pauvres diables qui n'ont en main qu'un Aller Simple : et dîtes-moi si vous les avez jamais entendus chanter de cette manière !

Les humains qui ne possèdent qu'un Aller Simple.
Mais regardez-les donc, les talons éculés de leurs chaussures, et écoutez-moi le bruit que ça fait dès que vient à fouler ne fût-ce que de tout petits cailloux : pauvres talons qui n'en peuvent plus !

Vrai, s'il y avait là blues à changer, ne pensez-vous pas que ça serait plutôt un Blues de l'Aller et Retour ?
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   29/8/2009, 20:17

L'histoire laisse des grincements de dents et pas uniquement à cause du sable, l'idée de départ paraît absurde et tout à coup, on peut s'y retrouver, il y a des moments d'évidence, des malaises mais il y a aussi de l'humour par petites touches comme pour mieux révéler un fonctionnement absurde.


Une autre chose que j'ai aimée, c'est l'image de l'enfermement, pas celui que l'on voit comme dans ce livre, mais des pièges plus insidueux où l'on se retrouve coincé (travail, famille, prisonnier de ses comportements, de ses non choix, etc), il y a aussi le thème du temps qui file, de l'éternel recommencement aussi.

J'ai bien aimé l'idée aussi du perpétuel recommencement... on écope, on écope...

Il y a un film Réalisé par Hiroshi Teshigahara avec une affiche magnifique, pas encore pu le voir.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   30/8/2009, 07:01

Tu m'as souvent parlé de cette femme des sables...
Mais Abé Kôbô est le genre d'auteur qu'on a du mal à se séparer.
D'ailleurs les rares en ma possession le resteront... Abé Kobo est à part. Ses romans sont différents, de par leur atmosphère et leur thème. Je le rapprocherais d'un Kafka, en m'appuyant sur ce que j'ai pu entendre ou lire par ci, par là, n'ayant lu que la métamorphose.

L'univers de l'auteur a l'air très particulier et ses lectures changent radicalement de notre quotidien. J'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un auteur fétiche (n'en ayant pas lu suffisamment), mais l'envie de plonger dans son monde me procure de longs moments de recherches chez les bouquinistes et autres librairies.
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   8/10/2010, 14:42

Je ne savais pas à quoi m’entendre en débutant ce roman. Quand j’ai vu cet homme, collectionneur d’insectes, partir à la recherche d’une cicindèle-de-jardin dont le nom scientifique est Cicindela japonica Motschulsky, j’ai pensé que l’histoire allait être basée sur cette quête du miniature, une version « dunes de sable-movie » où le héros part et se perd dans le sable ; un être infiniment petit par rapport à la force et à l’immensité du sable.

Mais finalement, l’homme, un monsieur tout-le-monde porté disparu depuis, ne se perd pas mais découvre une cabane isolée, et une femme à l’intérieur. Il ne sait pas encore que cette rencontre fortuite va le perdre à tout jamais, qu’il ne pourra plus ressortir de cette cabane. Car là-bas, commence un étrange manège, un éternel travail qui consiste à enlever tout le sable qui s’amoncelle sur et autour de cette cabane…

Utop’ a écrit:
Une autre chose que j'ai aimée, c'est l'image de l'enfermement, pas celui que l'on voit comme dans ce livre, mais des pièges plus insidieux où l'on se retrouve coincé (travail, famille, prisonnier de ses comportements, de ses non choix, etc.), il y a aussi le thème du temps qui file, de l'éternel recommencement aussi.

J'ai bien aimé l'idée aussi du perpétuel recommencement... on écope, on écope...

Pour moi le sujet principal est le temps : ce temps qui file et qui défile, et face au temps, l’homme qui n’est qu’un minuscule grain de sable perdu dans l’éternité. Face au temps qui défile, l’homme n’a plus aucun recours si ce n’est le travail, le travail et le recommencement de ce travail jusqu’à l’abrutissement total. Le travail est là uniquement pour faire passer le temps et pour ne pas voir que l’homme est enchaîné malgré lui à sa vie. Quoi qu’il tente de faire, au final, il ne restera que le travail dans un perpétuel recommencement… on écope, on écope…

L’homme me fait penser à ce grain de sable qu’on enferme dans un sablier. Une fois que le sable est tombé, on retourne le sablier, et le sable continue à nouveau de retomber. L’homme, une fois son travail terminé, n’a d’autres choix que de recommencer à travailler…
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   9/10/2010, 07:41

Je vois que tu parles de cabane par ici , c'est amusant, j'imaginais des cabanes mais dans des trous profonds de sable, des grottes verticales, ça me fascine...

Je n'ai toujours pas vu le film, c'est rare que j'appréhende mais là, j'ai tellement visualisé l'histoire, les lieux, le sable qui coule, qui s'infiltre partout ... mais bon c'est prévu que je vois ce film !!!
En tout cas, contente que le livre t'ait plus, c'est vraiment une lecture que j'ai beaucoup aimée !

Réalisé par Hiroshi Teshigahara, avec Kyoko Kishida, Eiji Okada, Hiroko Ito
Un homme marche dans le désert. Il observe les insectes, les photographie, les ramasse. S'étant arrêté pour se reposer, il est accosté par trois villageois qui lui proposent de passer la nuit dans leur village.
L'homme est escorté jusqu'à une fosse au fond de laquelle une femme l'accueille et lui offre repas et couche. Pendant la nuit, la femme sort et ramasse le sable qui s'écoule des parois. Au petit matin, l'échelle de corde a disparu et l'homme se rend compte qu'il a été fait prisonnier.


avec une superbe affiche, qui donne des envies de peinture !

Oui j'ai déjà parlé de l'affiche plus haut.. m'en souvenais plus, mais bon comme quoi il y a de la constance dans mes goûts Wink

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   10/10/2010, 07:08

Utopie a écrit:
En tout cas, contente que le livre t'ait plus, c'est vraiment une lecture que j'ai beaucoup aimée !

J’ai bien aimé aussi la relation qui petit à petit s’instaure entre l’homme et la femme. Avec une sensibilité toute japonaise, les deux êtres enfermés dans une même cabane (que l’on pourrait assimiler à une prison) gardent leur distance, se méfient et s’épient. On sent le rapprochement venir, on le souhaite même, mais l’homme a encore des velléités de départ, une fuite de ce qu’il considère une injustice et ne comprend pas que la femme continue à travailler inexorablement pour rien et pour un éternel recommencement. Mais homme et femme éprouvent des sentiments indéniables, c’est dans la nature et face à une promiscuité aussi rapprochée…

« Son visage s’était raidi, comme enduit d’empois ; son souffle, on eût dit, était un vent de vingt mètres à la seconde ; sa salive avait pris le goût du sucre brûlé. Impitoyablement, ses forces s’en allaient. Il venait de perdre encore en sueur l’équivalent d’un grand verre d’eau.
La femme n’était pas moins touchée. Gardant le visage baissé, elle se redressa, très lentement, et sa tête, imprégnée de sable, arrivait juste à la hauteur de ses yeux à lui. Nerveusement, elle se moucha avec les doigts, puis, faute de papier, prit une poignée de sable pour se frotter les mains ; dans le mouvement qui la penchait en avant, son pantalon lui glissa des reins.
L’air gêné, l’homme avait d’abord détourné les yeux. Au vrai, cependant, n’était-ce chez lui que de la gêne ? A la pointe de la langue, il sentait s’attarder, bien différente de celle que lui donnait la soif, une étrange excitation.»


Le rapprochement entre ces deux êtres est formidablement décrit, et l’humanité qui s’y dégage apporte un sentiment de plus en plus uni et une mobilisation plus efficace dans l’effort pour combattre ces terrifiants grains de sable…


Pour conclure, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de scénario, mais le cauchemar est là (non, je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !), et le roman devient un indispensable de la littérature japonaise. « La femme des sables » est incontestablement l’un des plus grands romans de la littérature japonaise contemporaine, couronné au Japon par le prix Akutagawa (1962) et, en France, par le prix du Meilleur Livre Étranger (1967). Ce roman a été classé par l’Unesco parmi les « Œuvres représentatives » du patrimoine littéraire universel.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   10/10/2010, 08:23

Le Mouton Sauvage a écrit:

Le rapprochement entre ces deux êtres est formidablement décrit, et l’humanité qui s’y dégage apporte un sentiment de plus en plus uni et une mobilisation plus efficace dans l’effort pour combattre ces terrifiants grains de sable…

Humanité oui et aussi, mais est-ce mon imagination, je ne crois pas, beaucoup d'animalité ce qui au fond semble tout à fait plausible vu l'état d'enfermement physique et en fin de compte mental, la moiteur des corps qui écopent le sable, le labeur vain, perpétuel et puis les corps. J'ai maintenant très envie de voir ce film, espérant un peu qu'il sera au moins un peu dans l'esprit des images que je me suis créées, pas totalement mais j'ai envie de perpétuer ce souvenir ou alors que je sois surprise mais agréablement.
Je veux dire que je n'attends pas forcément que le film aille dans le sens de mon imagination non plus.

Pour une fois, j'avais trouvé le bouquin à la bibliothèque et j'ai bien envie de me l'offrir pour relire des passages déjà.
Marrant, c'est souvent comme ça, cela m'avait fait ça pour Yoko Ogawa et pour d'autres.
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