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 Robert McLiam Wilson [Irlande]

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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Robert McLiam Wilson [Irlande]   6/1/2011, 14:40

Robert McLiam Wilson, écrivain irlandais raconte la pauvreté, au début des années 1990, dans l’Angleterre ultralibérale à outrance du gouvernement Thatcher. Dès les premiers mots, j’ai senti que ce roman, « Les Dépossédés », était un complément, comme un écho, d’un vieux George Orwell, « Dans la dèche à Paris et à Londres ». Mais avant de débuter les premières pages, je me suis posé la question sur l’utilité d’une telle lecture. Les années 90 sont maintenant loin dernière moi, deux décennies se sont écoulées, le gouvernement Thatcher n’existe plus, Londres n’est pas Paris et le France n’est pas l’Angleterre… Pourtant, en guise de préambule, il faut lire la préface de l’auteur même, destiné aux lecteurs français (Préface de 2007 réactualisée pour la sortie du livre en poche). Car l’auteur sent, pressent, que ces quelques 300 pages décrivant la pauvreté de l’Angleterre n’est pas encore aussi présente en France, mais que d’ici peu, cela pourrait le devenir. Car les mesures politiques et économiques prises sous l’ère Thatcher semblent petit à petit apparaître sous différentes formes dans la politique actuelle de notre pays. Les mesures phares concernant notamment la protection sociale et l’aide aux plus démunies furent à l’origine de cette nouvelle pauvreté en Angleterre, et la France semble aller dans ce même sens. Sans oublier, les fameuses statistiques, fascinantes en soi, mais qui triturées dans un sens ou dans l’autre, ne donnent pas du tout les mêmes perceptions de notre monde, les modes de calcul du nombre de chômeurs ou de l’indice de pauvreté, totalement magouillés pour aller dans le sens de l’optimisme gouvernemental même s’ils ne traduisent plus la réalité… Français, attention…


« Ma première nuit à Londres, je l’ai passée à Nutfriars, le foyer de l’Armée du Salut. Plutôt horrible. Quatre-vingts personnes dans un dortoir. C’était répugnant. Une puanteur terrible. Au moins cinquante pour cent des gens présents étaient d’anciens pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques jetés à la rue par les changements de la législation relative au traitement des maladies mentales. Peu importait leur état psychique, tous étaient traités de la même manière – c'est-à-dire mal. La nourriture était atroce. Je veux dire, vraiment atroce. L’endroit était crasseux. Des cafards partout. Tout bien pesé, il valait mieux dormir dehors. Au moins on conservait un peu de dignité et on risquait moins de se faire agresser par quelqu’un de très perturbé. Bref, le lendemain matin, j’ai pris mes cliques et mes claques. J’ai essayé de trouver un autre endroit pour dormir, mais en vain. Je suis allé à Lincoln’s Inn parce que c’était un endroit célèbre pour dormir à la belle étoile.
[…] C’était la fin de l’automne, presque l’hiver. Il faisait très froid et je crois que la température constitue le plus grand choc culturel qui soit. Il y avait beaucoup de gens – près de deux cents personnes certaines nuits. Parfois d’authentiques alcooliques mais pas seulement. »


La première étape de son « étude » est la grande capitale, Londres, le royaume de Big Ben et de la bourse. Son immersion parmi les dépossédés est effarante. Au fait, selon la définition de Robert McLiam Wilson, un dépossédé n’est pas forcément un sdf. C’est une personne qui n’arrive plus à subvenir à ses besoins, ou difficilement, qui même si elle ne vit pas dans la rue, dans les « foyers d’accueil » ou les squats, ne possède plus grand-chose dans la vie, ni richesse, ni espoir en encore moins de dignités. Ces personnes ont été dépossédées de tout avenir et envie. Elles continuent de se battre, de (sur)vivre pour le bien du noyau familiale. Elles continuent d’espérer et de s’accrocher à une utopie mais savent pertinemment qu’au fond de leur âme, leur avenir est sombre, nul même…
Et puis il y a une chose encore pire que d’être pauvre : être une femme pauvre. Ce fut la grande découverte de Robert McLiam Wilson. Il n’imaginait certainement pas ce que peuvent endurer ces femmes, souvent avec des enfants à charge, qu’elles soient esseulées ou en couple. En plus de leur travail, elles doivent gérer, jongler avec toutes les difficultés qu’un maigre budget le leur permet, pour subvenir aux besoins de toute la famille. Femme et dépossédée, l’avenir est plus que sombre ; il est inexistant…

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MessageSujet: Re: Robert McLiam Wilson [Irlande]   7/1/2011, 05:16

Il y a trèèèèèès longtemps, j'ai lu "Eureka street" du même auteur et j'en ai gardé un très bon souvenir même si j'ai oublié les détails. "Les dépossédés" figure sur ma liste à lire Smile
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Le Mouton Sauvage
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MessageSujet: Re: Robert McLiam Wilson [Irlande]   7/1/2011, 14:36

IzaBzh a écrit:
Il y a trèèèèèès longtemps, j'ai lu "Eureka street" du même auteur et j'en ai gardé un très bon souvenir même si j'ai oublié les détails. "Les dépossédés" figure sur ma liste à lire Smile

Sur ma liste figure en plus Eureka Street et La Douleur de Manfred... Mais pour le moment, ils ne sont que sur ma liste et pas encore dans ma bibliothèque...

« J’ai pris une photo près de Blackhill qui, selon moi, serait un bon exemple des sensations ou des pensées que cette ville m’inspirait. On y voit un gazomètre au premier plan, à côté d’un terrain vague. Au loin, sur la droite, il y a un ensemble de sept énormes tours. Ce paysage était désolé, mais aussi d’une beauté étrange. Il montrait deux générations d’architecte à Glasgow : les usines à gaz, magnifiques et abandonnées ; les tours, affreuses, qu’on aurait du détruire. J’ai pensé à l’Amérique. C’était un quartier dangereux, inquiétant, dont les habitants étaient dominés par l’architecture. On aménageait une voie nouvelle à travers le terrain vague, une sorte de voie d’accès à la ville ou à une autoroute. Elle semblait couper à travers ce quartier en direction du centre-ville. Cette voie, on ne l’aurait jamais tracée dans une banlieue bourgeoise. C’était une route qui ne tenait aucun compte de son environnement. Elle ignorait, elle marginalisait encore plus ce quartier. »

La seconde étape de Robert McLiam Wilson, pour son livre sur Les Dépossédés, devait être Glasgow. Je parle au passé, car l’auteur n’y passa guère plus le temps d’un week-end. Son incursion parmi les dépossédés de Londres fut trop éprouvante. Mais ce chapitre ne tourna pas court puisque le livre est composé de deux auteurs, Robert McLiam Wilson, et son ami photographe Donovan Wylie. Donovan se charge de mettre en image sa vision de la pauvreté à Londres et à Glasgow. Mais pour cette seconde étape, et en l’absence de Robert, il prit la plume et nous décrivit sa vision de Glasgow. L’œil est différent. Photographe, il s’attache davantage à l’environnement de cette pauvreté, aux murs et aux terrains vagues qui jouxtent les quartiers des dépossédés.

Cela commence comme pour un journal intime. Le début griffonné dans le train, la précision des dates et heures de ses rencontres, de ses mouvements… Puis petit à petit, Donovan se prend au jeu de l’écrivain, à tel point que j’en oublie que c’est le photographe qui écrit, et non plus l’écrivain. Donovan s’attache moins aux statistiques que son compagnon d’étude. Il rentre peut-être moins en cohésion avec les gens mais il sait tout aussi bien nous faire partager ce monde de pauvreté dans Glasgow, ce sentiment de découvrir une ville industrielle abandonnée…


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MessageSujet: Re: Robert McLiam Wilson [Irlande]   10/1/2011, 14:23

« Pour une capitale de province dans un pays sous-peuplé, Belfast est vraiment très célèbre. Elle doit sa célébrité au violent conflit politique des vingt dernières années. Belfast a peu d’autres motifs de notoriété. Elle n’a engendré aucun peintre célèbre ; aucun roman célèbre n’a Belfast pour décor. Elle n’a pas de grand orchestre, son université n’est guère connue. Les « troubles ont fait de Belfast une célébrité ?
Peu de gens qui n’habitent pas l’Irlande du Nord connaissent bien Belfast, en dehors de sa liste de morts et de blessés pour raisons politiques. Peu de gens savent combien Belfast est parfois belle – une ville basse qui s’étend au fond d’une vaste baie ceinte et bordée de montagnes. »


Troisième et dernière étape : retour aux sources, retour chez soi, Belfast Est et Ouest. Le contexte politique y est pour beaucoup dans la situation désastreuse de la ville ; une ville abandonnée, longtemps sous les bombes, qui faisaient fuir les investisseurs économiques. Pourtant, le potentiel était là. Les gens, intelligents, débrouillards et travailleurs ne demandaient qu’un simple travail. Mais quand le faciès d’origine apparait sur un CV, les portes se referment. Quand je parle faciès d’origine, je ne pense pas à catholique ou protestant mais à la localité dans laquelle vous habitez. Si vous logez dans tel quartier, qu’il vous faut prendre 3 bus et 2 trains pour vous rendre sur votre lieu de travail, pas sûr que l’emploi vous sera réservé. Imaginez un jeune de nos banlieues à la recherche d’un boulot sur la capitale (car en banlieue l’emploi n’est guère développé)… Belfast ou Paris, l’écart n’est pas forcément si loin…

Pourtant, la ville que nous décrit Robert McLiam Wilson, sa ville natale, me donnerai envie d’y poser quelques temps mes valises, de boire quelques pintes dans quelques pubs, l’image d’Épinal que j’ai de l’Irlande…

« En plus des épreuves incessantes de leur vie quotidienne, les dépossédés subissent les jugements moraux de la société. Tout le monde semble avoir un avis et un point de vue moral sur la pauvreté, ses raisons et son étendue. Les classes de la société les mieux loties pensent avoir le droit d’émettre toutes sortes de commentaires et de recommandations morales sur la façon dont les pauvres devraient mener leur vie ou l’améliorer. « Pourquoi ne trouvent-ils pas un emploi ? » « Pourquoi n’arrêtent-ils pas de faire des enfants ? » « Pourquoi ne suivent-ils pas une formation pour adultes ? » « Pourquoi ne font-ils pas les économies qui s’imposent pour leurs enfants ? » « Pourquoi s’obstinent-ils à fumer ou à boire ou à parier (ou à respirer) ? » « Pourquoi n’améliorent-ils pas leur sort ? »

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